2010

TRES BREVES

Il mit juste un doigt d'azur dans son verre et le porta délicatement à ses lèvres en tournoyant des oreilles.

Après une âpre discussion avec Lucien, son hamster, il se rendit soudain compte qu'il ne comptait plus pour personne. Il ouvrit le gaz et lança son hamster à terre.

C'est en suçant son pouce qu'il fit mine de s'intéresser à l'indéfrisable mauve de sa grand-mère agonisante.

Un camaïeu acide s'échappe de ses pores pour consteller le sol d'une rosée aphone.

Il fume. Un cône de cendres se forme à gauche de son pied droit. Une coccinelle s'y pose en catastrophe et s'endort enfin. Futile dit-il. Je t'emmerde songe-t-elle.

Le dos cintré, l'oeil hirsute, il s'avance vers la Seine, le pas hasardeux. En enjambant le parapet, un pigeon lui sourit. Cette fois, dans l'eau sombre, il ne laisse tomber que sa montre.

Il brisa la vitrine et, le visage fermé, s'installa entre deux mannequins au sourire éclatant. Juste derrière la banderole "Tout doit disparaître".

Il rêvait d'une brise quand son rêve fut brisé sous l'effet d'une bise promise par sa promise. Exquise excuse.

En ouvrant son frigo il vit une toute petite allumette avec une toute petite flamme. Il la salua courtoisement et s'assit près d'elle en refermant la porte derrière lui.

Le tumulte emplit son crâne de volutes turgescentes. Il fait face au bouton off mais, ses doigts restant de marbre, sa langue commence à grésiller d'effroi.

Il se demandait chaque jour si sa soif de reconnaissance valait autant de larmes. Ne plus écrire, ne plus peindre, ne plus photographier, ne plus créer. C'était peut-être ça la solution : respirer en ne montrant plus qu'un sourire.

La rivière était d'une limpidité à toute épreuve. Il en fit une rapide esquisse puis lui tira la langue, dépité.

Il parcourt son corps d'un air distrait, le front inquiet, l'esprit en quête d'ailleurs. Elle le laisse faire. Elle est déjà ailleurs.

C'est en songeant à son rêve qu'il s'endormit rêveur la bouche pleine de mensonges.

C'est en ouvrant son coeur aux autres qu'il se retrouva, illico, avec un pacemaker.

SUCREBLEU

patrick.cassagnes@aol.com

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