Bob le ara palindromique est un oiseau qui vit dans un kayak à Laval en poussant des SOS qu'on entend jusqu'ici.
Dernières nouvelles du front.
je vais caresser vos ailes
pour y faire naitre un désir de feu
bousculer vos ombrages
décoller en uhurlant
toutes vos fugaces agaceries
je vais siliconer vos plaies de plaisir
faire devenir liège vos sommeils de plomb
m'exaltérer à votre source
en ferrant le poison d'un doute
j'hameçonne vos rêves
j'échevauche vos cheveux
vos doigts défaits de fée
défient les lois de fait
vous restez sans pester
vous vous dites olala
ah ces maudits mots dits
que ne sont-ils muets
plus en braille que braillards
je pars lisser mes veines
sur vos vestiges de reine et
sans fondement
vous met ici un point anal.
UN COUPLE
C'est en sortant son chien, ce blême matin d'hier, qu'il se rendit compte qu'il avait plus besoin de lui, que lui de lui. Un bâtard pourtant. Un chien qu'on ne remarque pas. Un maître transparent. Le couple idéal quoi. Sa chienne était partie depuis longtemps, pour un cabot éphémère. Sa femme aussi, pour un voisin plus luxueux. Ils étaient bien tous les deux : un os en plastique dans sa gamelle, un ricard devant TF1 : le paradis ! Pourtant, lui, quand je dis "lui" c'est l'homme, se prit à envier son chien. A saliver sur son os, à reluquer les caniches nains, à vouloir se soulager contre un réverbère. Quant à lui, quand je dis "lui" c'est l'autre, il ne voulait plus qu'une tombe. Au cimetière des animaux. Vous pouvez les retrouver là, main dans la patte, moustache contre moustache. Ils sont heureux désormais : les autres aboient ou s'apitoient. Que demander de plus pour un bâtard et un pauvre homme ?
- La croyance et l'homosexualité ne résistent pas à une bonne analyse.
- Eh ben... C'est catégorique ça... T'es sûr ?
- Euh... Pour la croyance, non.
Il traine dans la nuit de la ville.
Désabusé, presque aigri.
Un chien fou aboie aux réverbères.
Une pute sans âge lui sussure un
tu montes chéri nauséabond.
Quelques gouttes de sang
sur le pavé humide.
Un rat hagard éventre un sac-poubelle.
Il regagne son hôtel
dont l'enseigne vulgaire
éclaire en clignotant
son oreiller blafard.
Sur son bureau : croquis, ébauches, esquisses.
Il n'y trouve pas plus d'intérêt
que les rares ceux qui ont tenté d'en voir un.
Ici et maintenant n'est qu'une pose,
son seul souci c'est le lendemain.
Se lever et paraître.
En apparence.
Il prend un verre et s'endort sans réveil.
Le nez scotché et les mains moites.
Demain ne sera pas un autre jour.
Que dire de l'enfance ?
Un condensé de plaisirs et de frustrations.
Une famille imberbe,
des copains exubérants.
Un arc-en-ciel !
Une dispute de grands.
On est tous faits de ça.
Quelques mots incompris,
d'autres trop mal compris.
Que dire de maintenant ?
Digérer,
ne pas répéter.
Ne dispenser que des arcs-en-ciel !
Si possible.
Que dire de demain ?
Rien.
